Bizarre, bizarre...
NOM de CODE : BWA04 D’KAR
MISSION : Chantier de volontaires proposé par le SCI (Service Civil International)
DESTINATION : AFRIQUE AUSTRALE, Botswana
PERIODE de MISSION : 3 Août au 22 Août 2003
LANGAGE : Anglais, Setswana, Naro
eh oui, c'est une partie du descriptif tiré de la feuille de route reçue avant de partir en chantier!

BOTSWANA WORKCAMPS ASSOCIATION accueille les volontaires
Partenaire du SCI (et de bien d’autres organisations de chantiers) BWA, association créée en 1979 a pour objectif principal d’organiser des chantiers à vocation sociale, culturelle et environnementale. En tant qu’intermédiaire avec différents contacts dans le Pays, elle organise ou contribue à l’organisation de chantiers, pour la plupart à destination de personnes originaires du Botswana ou de l’Afrique du Sud. BWA adhère par ailleurs à une fédération d’associations du Botswana oeuvrant dans ce domaine et reconnues par le gouvernement Botswanais.
Le Siège de l’association est situé à Mochudi, ville située à environ 40 km au nord de Gaborone. C’est à Gaborone (aéroport ou bien gare routière) que pendant environ 3-4 jours, les représentants de BWA ont ‘’récupéré’’ les volontaires au fur et à mesure de nos arrivées avant de nous accueillir au siège de l’association perdu dans le village de Mochudi.

‘’THIS IS DEMOCRACY’’
Dès notre arrivée on nous laisse librement nous organiser :
- d’abord pendant ces 3-4 premiers jours où chacun s’installe au siège de BWA et fait ce qu’il veut : ballades dans le village de Mochudi, visite du musée local, du supermarché SPAR (c’est qu’il ne faut pas bouleverser nos repères d’occidentaux, est-ce rassurant ???), siestes !!!, jeux divers, lecture et évidemment discussions avec des jeunes membres de l’association qui vont et viennent sur le site,
- après nous avoir décrit les difficultés du même chantier l’année passée et mis en garde sur les erreurs à ne pas commettre, Thapelo nous demande de désigner parmi nous 1 coordinator, 1 work supervisor, 1 chief cook, 1 time keeper, 2 entertainment persons soit 6 personnes chargées de chapeauter ces différentes tâches sous la tutelle d’un coordinateur général Botswanais chargé de faire le lien entre nous et KDT.
Cette première étape à Mochudi est un ‘’chantier dans le chantier’’ ou des ‘’vacances dans les vacances’’ : c’était une bonne introduction au pays dans un cadre très rassurant ce qui a permis d’observer en toute quiétude l’habitat, l’aménagement de cette ville, la vie sociale et économique, les difficultés rencontrées par la population locale et bien sûr de connaître chacun des volontaires (mais ça vous l’aurez deviné !! imaginez, à l’arrivée de chaque nouveau volontaire, les présentations, les questions nombreuses ‘’How did you get there ?’’ ‘’Is it your first workcamp’’ Why this, Why that, Why something, etc).

KALAHARI DISCOVERY
Lundi matin, très tôt, après une longue attente à la gare routière nous prenons le bus : direction les vastes étendues du Kalahari (pseudo désert ou plutôt savane arborée située sur un vaste plateau à 1000 m d’altitude).
8 heures de bus nous attendent sur l’un des grands axes routiers du pays.Après 700 km de route, 2 véhicules de KDT nous récupèrent au soleil couchant à Ghandzi. Eh oui le trajet n’est pas fini !!! Ils nous emmènent au cœur d’une réserve qui leur appartient : c’est fabuleux : au soleil couchant nous prenons de petites pistes et du haut de ces camions panoramiques nous admirons ces paysages colorés. ‘’Wouah ! It’s out of africa’’ disent certains !... Arrivés au milieu de nulle part dans la réserve ‘’Dquäe Qare Game Farm’’nous installons le campement : tentes, nourriture, feu, etc. C’est fabuleux : c’est le grand luxe !! Un puits a été aménagé pour récupérer l’eau à partir d’un moteur a énergie solaire, des sanitaires et des douches ont été réalisés. Mieux encore, sous un ciel étincelant on a droit toute la nuit aux bruits du Kalahari : hurlements des hyènes, jappements des chacals, gloussement des pintades au lever du soleil et chants de bien d’autres oiseaux…sans oublier le chant mélodieux de l’âne au petit matin…

KDT : Kuru D’kar trust
KDT est une ONG qui travaille au bénéfice d’une communauté de Bushmen : ses objectifs sont d’établir et de développer des projets durables portés par la communauté elle-même : artisanat, peinture, centre socioéducatif, réserve, évènements culturels sont les principaux projets.
Après une discussion sur la manière dont le chantier va s’organiser et du (peu) de travail à réaliser, nous décidons finalement de travailler dans la réserve pendant 3-4 jours, puis d’aller ensuite au village pour contribuer à l’organisation du ‘’Bushmen cultural festival’’ qui se tient pendant tout le week-end. Après, nous verrons ce que nous pourrons faire !

DQUAE QARE GAME FARM
Cette réserve de 7500 hectares est une donation du gouvernement Néerlandais à KDT. C’est un site de visite de touristes en safari (safaris photo mais plus de safari chasse car la ‘’concurrence’’ face aux propriétaires de réserves du Kalahari central leur est défavorable) à qui l’ONG veut offrir en plus de l’activité de safari une ‘’expérience culturelle unique avec des Bushmen’’. Pour cela 8 salariés permanents (tous des Bushmen) ont été formés ; plusieurs infrastructures installées : le camp où nous travaillons, un autre et des lodges ; sans parler de l’atelier, etc qui font partie de la face cachée du projet ; différentes activités sont proposées aux touristes : évènements culturels (dance, artisanat, peintures, tir à l’arc) l’objectif étant de préserver quelques savoir faire culturels des Bushmen tout en faisant profiter le touriste de cette expérience. D’ici quelques années elle ne devrait plus recevoir de fonds extérieurs ce qui signifie qu’elle doit atteindre un niveau d’activité suffisant pour assurer l’équilibre budgétaire de fonctionnement.
Et nous dans tout cela ???
Pendant 3 jours nous allons débroussailler un site qui servira de lieu de camp pour des touristes : nous nous organisons tant bien que mal car les volontaires désignés time keeper, coordinator etc (souvenez vous, c’était déjà il y a quelques jours) faillissent quelque peu à leur tâche ; nous nous mettons d’accord sur les lieux à débroussailler : lieux agréables, accessibilité rapide du bloc sanitaire et du point d’eau avec une possibilité de réaliser un feu de camp sans risques de destruction de la végétation environnante en période sèche, possibilité de planter des tentes aisément, troncs pour s’asseoir… tout en préservant le site : pas facile de se mettre d’accord entre les ‘’environnementalistes’’, les occidentaux partisans du ‘’nickel asseptisé’’ ou bien des volontaires Bostwanais soucieux de conserver au site un certain cachet !!! Pas facile, on est 22 quand même !
Un après midi, nous allons faire du rangement dans l’atelier où de nombreux matériaux ont été récupérés puis stockés sans être rangés : c’est l’opération ‘’recyclage’’ où nous faisons du tri entre les tuyaux, des morceaux de bois de différentes tailles, des pièces métalliques, des outils, des bidons, des tôles, etc ; c’est aussi l’occasion de faire connaissance avec quelques Bushmen salariés de KDT avec qui nous avons l’opportunité de travailler et discuter (ce sera une des rares occasions, dommage).

EN ROUTE VERS D’KAR
Ca commence mal ! Pas d’eau ce matin : pas possible de faire du thé, de déjeuner, de faire la vaisselle, de se laver les mains, etc… bref un confort qui disparaît le temps que le soleil donne dans le capteur solaire qui lui-même permettra à la pompe de puiser l’eau qui ne nous avait pas manqué juste là !! C’est vrai que l’on se sent ridicule face à ces besoins basiques pas toujours fondamentaux mais qui nous font prendre conscience que nous sommes réellement des privilégiés : l’accès à l’eau courante au Botswana n’est pas permis à tout le monde…mais…il est possible aux touristes d’en profiter dans certains hébergements luxueux et sans restrictions…
Après avoir nettoyé et remis le camp comme nous l’avions trouvé nous quittons la réserve grâce aux véhicules de KDT pour rejoindre D’KAR village où siège et œuvre l’association. Une panne sèche vient agrémenter la matinée : nous finissons par nous adapter à ce rythme tranquille, sans stress et sans précipitations : plus d’1 heure d’attente pour une panne sèche que l’on aurait sûrement pu éviter sur une distance de 15 km !
Arrivés à D’KAR nous faisons connaissance avec notre hébergement en dur : nous entassons dans 2 pièces nos 22 tapis de sol et matelas ; heureusement la ‘’cuisine’’ (le foyer) est à l’extérieur ce qui libère un peu de place ; il faut dire que c’est le grand luxe : nous avons une salle de bains dans laquelle un robinet fonctionne ce qui nous permettra de faire la lessive et se nettoyer dans la baignoire à l’aide d’une tasse (là, au moins, on est obligé d’économiser l’eau !!). Il y a aussi des WC dont une canalisation fuit en permanence en dépit de nos vains efforts pour colmater la fuite : ne s’improvise pas plombier qui veut !! il faut aussi un minimum de matériel et ni la bonne volonté ni les idées généreuses de chacun suffiront à résoudre les problèmes de fuites !!

D’KAR, VILLAGE ‘’PERDU’’ au MILIEU du KALAHARI
Situé sur la route (goudronnée) reliant Ghanzi à Maun, le village de D’Kar est très étendu : les maisons sont disséminées un peu partout sans véritable organisation ; le reste est occupé par des buissons épineux pour la plupart (les seuls qui résistent au surpâturage des chèvres, vaches et ânes). La route principale permet d’accéder aux principaux services : le ‘’QG’’ de KDT : bureaux, bibliothèque, musée, galerie d’art, centre d’hébergement pour touristes, école maternelle, centre sociéducatif, centre pour les jeunes, une église (l’ONG KDT est plus ou moins une mission protestante), différents bâtiments, l’atelier de travail du cuir, de peinture, école, dispensaire, épicerie etc. Ces bâtiments bénéficient pour la plupart de l’électricité ainsi que d’un approvisionnement régulier en eau potable, ce qui n’est pas le cas de la majorité des autres habitations.
Environ 900 personnes y vivent et une grande partie est d’origine Bushmen : en Afrique Australe, les Bushmen (ou San) ont pour la plupart abandonné leur mode de vie traditionnel (mode de vie nomade basé sur la chasse, la cueillette et l’élevage) et la plupart d’entre eux expriment le désir d’avoir accès aux terres, à l’éducation, la santé et aux mêmes droits et privilèges que d’autres citoyens. Malheureusement le gouvernement Botswanais ne plaide pas toujours en faveur de leur cause (comme bien d’autres peuple autochtones d’Amérique, d’Australie, etc) et certains sont mêmes expulsés des terres où ils vivent depuis 30 000 ans (il semblerait que les larges potentiels de ces terres telles que le Kalahari central soient largement valorisables par l’élevage extensif de bovins, le tourisme de safari et l’exploitation de gisements de diamants). Ainsi, par son action KDT aide à l’accès à ces différents droits et essaie par différents moyens de préserver la culture Bushmen.

KURU TRADITIONNAL DANCE FESTIVAL
A notre arrivée, Hendrik, l’un des responsables de KDT nous fait une brève visite du ‘’QG’’ puis nous propose d’aider à l’organisation logistique du festival traditionnel de danses bushmen : à cette occasion plus de 450 personnes (soit une vingtaine de groupes appartenant à des groupes ethniques différents et provenant du Botswana, Afrique du Sud, Namibie ; des personnes de ‘’7 à 77 ans’’) vont se réunir pendant tout le week-end et se produire : danses traditionnelles rappelant des scènes de la vie courante (healing dances, entertainment dances and dances games), chants, veillées, exercices de tir à l’arc. Notre contribution fut de préparer la piste de danse, aménager les abords du site, donner des ‘’coup de main’’ divers (préparation des repas ainsi que distribution de la nourriture, etc) et nettoyer le site après le festival.Ce festival auquel assistaient la TV, des personnalités locales et nationales (député et ministre), est aussi une manière d’affirmer à l’image des affiches et autres supports la culture, la fierté, la dignité des bushmen. C’était aussi l’occasion d’informer le public sur le SIDA et l’abus d’alcool. Le SIDA fait des ravages au Botswana qui est un des pays les plus touchés en Afrique (près d’une personne sur 2 dans la tranche d’âge 15-50 ans ) pays qui selon les média est menacé d’être rayé de la carte d’où ces campagnes d’information menées par les autorités.

‘’UN RAYON de SOLEIL’’
La semaine qui suivait a été consacrée aux enfants de l’école : cette école accueille environ 400 élèves, pensionnaires pour la plupart, qui proviennent d’environ 100 km à la ronde, d’origine Bushmen à 50%, pratiquant différentes dialectes San (Naro languages). Une fois la barrière linguistique franchie (euh…à part Joe, Tebogo, Thapelo et Montle, nous les autres volontaires, on ne parle pas Setswana 2è langue officielle du Pays mais on parle l’Anglais…langue officielle qui est enseignée à tous…d’ailleurs, bravo aux enseignants qui retrouvent dans la même classe ces difficultés linguistiques !!), nous allons mener différentes activités :
- organiser des jeux dans la gigantesque cour de récréation (une surface de quelques stades de foot…) au moment des pauses : imaginez 400 enfants à qui l’on vient d’annoncer la venue de 20 volontaires !
- faire quelques travaux pratiques : peindre des pierres qui délimitent les différentes parties de la cour,
- nettoyer la cour en arrachant et coupant quelques arbustes épineux dangereux pour les enfants,
- paver une partie de la cour qui est régulièrement érodée au moment de la saison des pluies et limite l’accès aux véhicules (euh… je ne sais ni lesquels, ni comment ils viennent jusqu’à cet endroit précis mais on croit la gardienne !),
- et surtout ramasser les innombrables morceaux de verre qui jonchent le sol alors que les enfants marchent souvent pieds nus…
C’était un véritable plaisir de travailler avec les enfants, plaisir qu’ils nous ont véritablement fait partager : il suffisait de les voir pendant cette semaine (éphémère) s’activer avec nous, des volontaires occidentaux qu’ils n’avaient jamais vu, être intrigués par nos discussions, nous apprendre des jeux et réciproquement, sans cesse demander nos noms, nous assaillir de questions et même toucher nos cheveux, notre peau, nos mains !! En plus, sans pousser jusqu’à l’autosatisfaction, le fait de nettoyer la cour de l’école était utile pour les enfants (cela n’avait probablement jamais été fait auparavant) et on espère que cela aura une portée à plus long terme dans la gestion des bouteilles de verre et autres déchets : après tout, bien relayé par une action des enseignants, les enfants seront des prescripteurs auprès des adultes ?
Que dire ensuite lorsque se promenant seul dans le village nous étions interpellés par les enfants qui avaient retenu notre prénom (euh…dans la majorité des cas, on n’avait pas retenu le leur, surtout s’il était d’origine bushmen : langue marquée par des sons palataux : des clics sur le palais et des mots imprononçables !).
Autre moment fort, toujours en concertation avec la professeur principale, nous avons organisé une ‘’soirée culturelle’’ dans l’église prêtée à l’occasion. Nous avons à notre manière présenté devant environ 80 enfants, nos différents pays : photos, cartes postales, dessins, jeux, objets significatifs, infusions, confitures, localisation sur un globe terrestre, etc.
En retour les enfants nous ont d’abord assailli de questions puis ils ont chanté, dansé, chanté, appris à danser, dansé, chanté, dansé… et ri !!! rien que pour nous et aussi pour leur propre plaisir ! Je l’avais dit : ‘’un rayon de soleil’’ !

