lundi 20 octobre 2008
Chantier à Sakhnen (Israël), juillet 2008 (Delphine)
Par chantiers, lundi 20 octobre 2008 à 10:22 :: Maghreb et Moyen-Orient
Je suis partie trois semaines en Israël, afin de participer à un chantier organisé par Baladna une association qui promeut la jeunesse arabe sur le territoire israélien. Je suis arrivée quelques jours avant le début du chantier afin de visiter un peu Jérusalem et les alentours (Bethlehem, la mer morte...).
Je ne ressentais pas les tensions jusqu'à ce que je prenne le bus pour Haifa, point de rencontre avec les autres volontaires du chantier. Il y avait des personnes dans le bus qui n'était ni des militaires ni des policiers qui portaient des fusils. Plus tard, j'ai pris l'habitude de voir ces hommes et femmes en armes.
Rencontre avec les autres volontaires de mon chantier au bureau de l'association nommé Baladna, ce nom signifie en arabe "Mon pays", cette organisation promeut en réalité la culture palestinienne mais ne pouvant pas se nommer de la sorte, elle s'appelle officiellement "association for Arab Youth". Nous sommes 12 volontaires : trois Françaises, Anne, Maïté et moi ; une Belge, Valérie ; une Irlandaise, Helen ; une Américaine, Jordan ; un Italien, Angelo ; deux Espagnoles : Anna et Elisenda ; deux Hollandais: Rick et Saskia ; et Bilal notre "camp leader"
Direction Sakhnen, peuplée à 80% d'arabes.

Nous dormons dans un complexe sportif dans lequel il y a des cours de karaté et d''alphabétisation pour les femmes. Les volontaires filles dorment dans une grande pièce tandis que les hommes sont dans une autre salle. Nous faisons la cuisine à tour de rôle, mais le soir, nous nous faisons la plupart du temps inviter par des personnes de Sakhnen, on a même appris à faire ces sortes de pizzas typiquement arabes.

Les habitants de Sakhnen sont très généreux, on s'est fait inviter partout et même à un mariage!!!
Pendant deux semaines, l'essentiel de notre travail a été de rénover une école, désherbage, nettoyage, plantation... un dur travail dirigé par un vieil homme que l'on appelé Abu Dictator parce qu'il hurlait toujours !!!! Malgré ses hurlements, nous rigolions tous dès qu'il arrivait !! Les gens de Sakhnen viennent peu à peu nous aider. Nous avons beaucoup de pause grâce aux glaces généreusement offertes par la population! La télé locale fait de nous de vrai célébrités!!
Les deux derniers jours du chantier, nous avons travaillé en dehors de l'école.... deux jours où nous n'avons pas fait grand chose! L'un de ces jours était consacré au nettoyage des terre-pleins d'une route nationale... Toutes les 5 minutes quelqu'un venait nous apporter à manger : glace, boissons, gâteau, les restaurants nous invitaient à manger des pizzas, le garagiste nous offrait le café, les voitures s'arrêtaient. Au bout d'une heure nous n'arrivions plus à manger tellement notre ventre était plein, ni à travailler d'ailleurs! Le dernier jour, nous avons nettoyé une source... et ça s'est fini en bataille de boue généralisée !!!
L'après-midi était consacrée à des rencontres avec des familles palestiniennes. Nous avons visité un village sans nom qui s'apparente à un bidonville, le contraste avec les colonies israéliennes dont les maisons ont toutes le confort moderne est saisissant. Les arabes vivant dans le bidonville ont interdiction de construire des maisons en dur même s'ils sont sur leur propre terre.
Nous avons eu lors de ces rencontres beaucoup de témoignages de ces "arabes 1948" comme on les appelle, des arabes qui ne sont ni israéliens ni palestiniens. Certains d'entre eux ont vu leurs amis se faire tuer, d'autres leur maison détruite. Ces témoignages étaient très touchants.

Le soir, les habitants du village venaient nous rendre visite, ils nous apprenaient ainsi l'hymne palestinien « Maotini » qui signifie « ma vie », ou bien nous étions invités chez eux pour un mariage ou un match de football ou un diner....
Le chantier s'est terminé avec une grande fête pour notre départ, quelle tristesse de quitter Sakhnen et ses habitants si généreux.

Ce chantier m'a permis de connaître mieux le conflit israélo-palestinien, et de voir des choses que je n'aurais jamais pu voir en étant une simple touriste à Jérusalem. Souvenir inoubliable.
Delphine