Après un premier chantier à Source-Seine (dont je parlais précédemment), j'ai enchaîné sur un second, toujours comme animateur, toujours sur le patrimoine, et toujours dans l'est de la France, mais cette fois en Lorraine près de Commercy (la capitale de la madeleine !).

Nous avions pour mission de venir en aide aux bénévoles d'une l'association locale « Les Amis du Fort de Jouy », en charge de la restauration du fort. Celui-ci a été construit en 1883, après la guerre contre la Prusse, afin de créer une ligne de défense sur notre frontière est, autour de St-Mihiel. Les tâches étaient plutôt variées, allant de la maçonnerie, à la pose de chaux, en passant par le terrassement, la peinture, le jardinage... donc pas de quoi s'embêter! Heureusement, pour réaliser ce travail, nous étions 11 volontaires venant de Croatie, d'Espagne, de France, de République Tchèque, de Pologne, de Russie et de Serbie. S'ajoutait à cela la douzaine de bénévoles locaux. Cette équipée avait donc un petit air de colonie de vacances... le travail en plus !

Nous avons commencé le premier jour par visiter le fort, emmenés par Patrice, bénévole passionné. Je connaissais déjà le fort pour y avoir suivi une formation d'animateurs quelques mois plus tôt, mais la visite restait intéressante. On est ensuite entrés tout de suite dans le vif du sujet, en dégageant l'ancien four à pain. La tâche était prévue pour durer 3 jours mais fut réalisée dans l'après-midi... ça s'annonçait bien ! Ce ne serait bien sûr pas le cas pour tout ! Les équipes furent divisées la plupart du temps en trois : la « white-team », appelée ainsi à cause de la chaux blanche à gratter dans la salle de garde, la « wall-team » qui maçonnait les murs d'une des cours intérieures et la « shit-team » qui vidait une ancienne citerne à eau ... devenue dépotoir!

La diversité de cultures des volontaires nous permettait, en plus des échanges bien sûr, de goûter les plats traditionnels de chacun, que ce soit les gnocchi à 1000 calories l'unité des polonaises (la solution de la faim dans le monde se trouve là !), la soupe russe qui nécessite le contenu entier d'un frigo et des heures de préparation, ou encore la sangria et les eaux de vie de prune meusiennes, très appréciées !

Sur ce chantier, nous avons eu l'occasion d'être sensibilisés à des sujets importants, de manière pédagogique et ludique, par l'intervention de « messagers » du SCI. Ici, c'est Solveig qui est venue nous parler des droits de l'homme puis nous proposer un atelier sur les disparités de revenus entre pays. Ce fut intéressant, et même étonnant, de voir les points de vue de chacun, en particulier des Russes qui trouvaient que les droits de l'homme étaient un « concept d'Europe de l'ouest ». Ce genre d'atelier semble donc vraiment utile pour confronter les points de vue sans donner de leçon ! Par ailleurs, je m'occupais de la sensibilisation à l'environnement, et mon choix fut de ne pas faire d'atelier ponctuel, mais plutôt d'en parler de façon informelle et concrète, en rabâchant l'importance de faire attention aux lumières, à sa consommation d'eau, au tri sélectif etc.. Cela me semblait plus concret de sensibiliser le groupe aux petits gestes de tous les jours.

Nous avons aussi eu droit à un week-end de repos, bien mérité, pendant lequel nous sommes restés dans l'ambiance du chantier. En effet, samedi, nous nous sommes rendus à Verdun et au Musée de la Paix, puis à l'Ossuaire de Douaumont et ses environs, pour finir au monument de Montsec, en mémoire des Américains tombés en 1918. Nous avons eu droit à midi à des rations de combat de l'armée, et le dîner (serbo-croate) s'est même déroulé à la bougie au fort ! Dimanche fut plus « civil » avec la visite de Nancy et sa fameuse place Stanislas, le Palais des Ducs, ou encore une baignade spontanée au lac de la Madine.

Le chantier s'est donc déroulé entre rires et sérieux, car tout le monde voulait atteindre les objectifs techniques fixés, mais nous étions aussi là pour passer du bon temps. L'équilibre a été trouvé assez vite, et le travail se faisait donc dans la joie et la très très très bonne humeur! Quelques soirées, certaines plutôt arrosées, agrémentaient encore plus notre séjour. Les deux derniers jours ont cependant vu la productivité sérieusement décliner, la fatigue commençant à se faire sentir. À cela il fallait ajouter un sentiment mélangé de fin d'aventure avec la nostalgie que cela comprend et une envie de grasse mat' !

Ce fut donc une expérience très enrichissante, dont le seul bémol restera le départ précoce de Mirjana, la volontaire serbe, à cause d'un visa arrivant à expiration. Mais la majeure partie des participants semblait avoir apprécié leur séjour, les plus timides ayant réussi à trouver leur place au fur et à mesure, les plus fermés d'esprit s'étant (un peu?) ouverts aux autres et l'animateur ayant beaucoup animé ;-)